Faut-il restreindre la créativité dans la conception muséographique pour favoriser son accessibilité ?
J’ai visité dernièrement Terrorisme de velours : la Russie des Pussy Riot au Musée d’art contemporain de Montréal (MAC).

Une exposition surprenante, qui déconstruit les codes muséaux : bruyant, tape-à-l’oeil, en apparence chaotique – à l’image du groupe à l’honneur.
🔸 Le contenu est écrit par les artistes en majuscules à la main, comme un journal intime. Il est directement sur les murs, en anglais seulement.
🔸 Les vidéos se font compétition en étant situées les unes près des autres. Pas d’écouteurs pour conserver le silence associé aux musées.
🔸 L’éclairage est criard, les murs balafrés de couleurs et les vidéos en boucle créent un mouvement constant.
Résultat : difficile de se concentrer avec tout ce bruit, ce mouvement, et ce texte peu lisible !
En contrepartie, le personnel extrêmement attentif et réactif nous a proposé :
🔹 Des bouchons pour couper le bruit (sur la photo !).
🔹 Une salle de repos aux lumières tamisées – une salle intégrée à l’exposition pour réfléchir à la démarche.
🔹 Une version française des textes pour en faciliter la lecture.
(En anglais, ce texte est d’ailleurs nommé « Accessibility : exhibition texts ». On y trouve notamment la transcription des vidéos).
Ces mesures ont rendu l’expérience beaucoup plus agréable. Avec un avertissement, j’aurais simplement pu mieux anticiper la situation.
Oui, c’était une expérience étourdissante d’un point de vue sensoriel. Néanmoins, la formule illustrait parfaitement les propos de l’exposition. On faisait pratiquement partie de la révolution !
En plus, cette mise en scène est parfaite pour un public qui trouve généralement les musées ennuyants – on peut ainsi attirer de nouvelles clientèles.
C’est justement pourquoi je n’arrive pas à me dire que c’était une formule inadéquate ou inaccessible.
Avec le service à la clientèle de qualité et les stratégies d’adaptation proposées, une panoplie de publics pouvait y trouver son compte. Cela démontre une réelle réflexion inclusive de la part du MAC.
L’accessibilité, au final, se trouve dans la diversité des méthodes de scénarisation, des supports de communication et des sujets d’exposition.
Rien ne sert de promouvoir un seul modèle quand on souhaite s’adresser à une variété de publics.



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